En Bouriane, les chevreuils, bourreaux des pins          InformationsFaune

 

En Bouriane, les chevreuils, bourreaux des pins

Source : Lot Nature (Dimanche, 13 septembre 2009)

Le cri d'alarme des sylviculteurs :

A l'aube de l'ouverture de la chasse, l'association pour la maitrise des cerfs et des chevreuils (AMCC) alerte l'opinion publique sur l'avenir de la Bouriane au cri de "Des Pins ou des Chevreuils"

Ce texte introduit l'article : Le Pays a mal à ses pins

A tous les journaux lotois, ainsi qu' à Lot nature, Monsieur Maurice Lacombe, Président de l'AMCC a fait parvenir le dossier de presse suivant que nous reproduisons dans son intégralité. C'est donc le point de vue des sylviculteurs de la forêt privée de Bouriane que nous accueillons et qui s'exprime ici pour réclamer des battues administratives. A ce sujet nous venons d'apprendre que des demandes pour une vingtaine de battues administratives avaient été déposées depuis, par des habitants de Prayssac, Puy Lévêque et Cassagnes

QUEL AVENIR POUR LA BOURIANE ? DES PINS OU DES CHEVREUILS ?

LES PINS SONT LA RICHESSE NATURELLE DE LA BOURIANE Les pins ont depuis plus de deux siècles beaucoup apporté à la Bouriane, à son économie comme à son paysage.et à sa culture. A l'heure du développement durable et du réchauffement climatique, ils sont plus utiles que jamais, car ils produisent du bois d'oeuvre qui, aprés avoir purifié l'air du gaz carbonique pendant que l'arbre poussait, continue à le séquestrer sous forme de bois dans les maisons ou les meubles qu'il a servi à construire. Autre avantage : nos pins poussent vite et leur sylviculture peut rester 100 % naturelle !Pourtant, nos pins ne se régénèrent plus, à cause de la mauvaise gestion de la Chasse lotoise, qui a multiplié les chevreuils, sans bon sens ni raison. En effet, leurs graines germent et les jeunes plants poussent toujours aussi bien sur les terres abandonnées ou dans les coupes de bois ; mais très tôt, leur bourgeon terminal est brouté ; s'ils en réchappent, tous les printemps, les mâles « frottent » les rescapés, ce qui provoque leur mort ! Si bien qu'aujourd'hui, avec toujours plus de chevreuils, ne peuvent atteindre l'âge adulte que les pins qui bénéficient d'une protection naturelle ou artificielle. Ce phénomène a commencé vers 1990, alors que la Fédération des chasseurs avait introduit les chevreuils dans l'écosystème 20 ans auparavant : il y a donc compatibilité entre chevreuil et forêt, y compris avec notre pin maritime, qui est particulièrement sensible au frottis. Dans la forêt landaise, c'est la même espèce de pins et les dégâts sont anecdotiques à coté de ceux observés aujourd'hui en Bouriane. Mais les chevreuils y sont bien mieux contrôlés que chez nous !

POURQUOI AUTANT DE CHEVREUILS ?

A première vue, c'est inexplicable ! En effet nos chasseurs ne se passionnent que pour la chasse au sanglier. La grande majorité méprise les chevreuils, les « chèvres » disent-ils ; Pourquoi alors avoir mis en place de telles populations ? Quand on considère que chasser le chevreuil est une corvée, et de plus qu'on ne veut pas payer les bracelets (dispositif de marquage des animaux prélevés), que la législation rend obligatoires !

L'ARGENT DES CHEVREUILS

Mais, justement, l'argent des bracelets intéresse les dirigeants de la Fédération des Chasseurs : ils ont besoin de beaucoup d'argent pour la faire fonctionner, financer de nouveaux bâtiments, et indemniser des dégâts &.de sanglier ! N'oublions pas en effet qu'une loi inique affecte le produit de la vente des bracelets chevreuil à l'indemnisation des dégâts agricoles (très rarement causés par les chevreuils) alors que les autres dégâts notamment forestiers (ceux du chevreuil) ne sont, en pratique, pas indemnisables ! La part chevreuil du compte « Dégâts » de la Fédération est ainsi excédentaire de plus de moitié. En 2009, pour les dirigeants de la Fédération des Chasseurs du Lot, ces bracelets représentent une recette d'environ 120 000¬, mais surtout une marge d'environ 70 000¬, qui peut être utilisée pour financer des dégâts de sanglier, et réduire le montant du timbre sanglier, ce qui est bien vu de leurs électeurs, très majoritairement chasseurs de sanglier. Où peut conduire la démagogie ?

ACTEON et GIBIER DE CHASSE

Il ne faut pas oublier non plus que la Chasse est une « affaire économique », une industrie ou un commerce qui permet à certains de gagner de l'argent. Mais est-ce un commerce équitable ? N'est ce pas plutôt une exploitation éhontée des victimes de dégâts ? Ainsi la Fédération Nationale des Chasseurs fait la promotion d'ACTEON et de « Gibier de Chasse-Chasseur de France », l'un pour développer la chasse « touristique », l'autre pour mettre en vente au super marché la viande de chasse. Grace à Actéon, on revend de 10 à 30 fois son prix à un chasseur touriste un bracelet tir d'été ; et « Gibier de chasse » permettra de vendre un bon prix la viande de nos chevreuils et de nos sangliers quand le congélateur du chasseur sera plein ! Même s'il peut y avoir des retombées positives dans la chasse touristique et s'il vaut mieux consommer la viande des bêtes qu'on a tué que la jeter, on comprend mieux pourquoi, pour les affairistes de la chasse, il n'y aura jamais trop de sangliers ni de chevreuils ! En Bouriane, les propriétaires cèdent gratuitement leur droit de chasse pour que le gibier soit controlé. Au lieu de cela, le gibier prolifère pour permettre à certains chasseurs peu scrupuleux de faire de l'argent, et ceci avec la bénédiction de certains responsables fédéraux, qui les donnent en exemple ! Voilà pour quoi nos pins disparaissent ! Et que tout l'écosystème bourian est menacé.

OU EST l'INTERET GENERAL ? OU EST CELUI DU TERRITOIRE BOURIAN ?

La réponse est évidente. Des pins pour notre Avenir, les ressources futures de notre territoire, nos emplois, notre environnement et notre cadre de vie ! Ou des chevreuils non pour nos chasseurs, mais pour les affairistes de la Chasse ! Et pour multiplier les collisions sur les routes ! Nous osons espérer que nos élus et l'Administration Préfectorale sauront convaincre les responsables de la Chasse lotoise de mettre désormais en oeuvre une nouvelle politique chevreuil, responsable et solidaire, et que tous les partenaires se mettront d'accord sur le même objectif que le Lot et Garonne, à savoir 3 chevreuils par cent hectares, pour protéger les pins. Et améliorer la sécurité sur les routes ! Atteindre cet objectif demandera sans doute quelques années , mais dans l'immédiat, tous les chasseurs doivent se mobiliser pour que les battues administratives que demandent les propriétaires et les habitants soient mises en oeuvre sans délai et avec efficacité !

Et rappelons qu'il n'y a pas de bracelet à payer en battue administrative !